Les salles de spectacle
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DE PROFUNDIS
De Profundis :
Jean-Paul Audrain reprend pour quelques représentations son remarquable spectacle sur l'emprisonnement d'Oscar Wilde. A ne rater sous aucun prétexte.
Jean-Luc Jeener
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LA DAME D'ITHAQUE
La Dame d'Ithaque :
Tout le monde parle d'Ulysse, mais personne ne raconte la vie de Pénélope, sa bien-aimée qui l'attend de son retour de l'Odyssée. Isabelle Pirot et David Pharao lui ont consacré une pièce de théâtre.
Au départ
Personnage central de L'Odyssée, Pénélope est pourtant bien mal connue. En 1978, Isabelle Pirot et David Pharao décident donc de consacrer une pièce entière à la fidèle compagne. Avec seulement deux comédiens sur scène, La Dame d'Ithaque conte sa vie, du berceau jusqu'au retour de son héros.
A l'arrivée
Une œuvre complètement foutraque, truffée d'anachronismes détonants, de mises en abyme astucieuses et de références absurdes à se tordre de rire. Accompagnée par Laurent Montel, diablement tonique, Marie Frémont prouve qu'elle peut absolument tout interpréter. Le plaisir de l'alchimie entre ces deux acteurs est communicatif.
Et alors?
De grands moments burlesques, lorsque les amants se succèdent à la porte de Pénélope, aussi pitoyables les uns que les autres. D'autres, plus poétiques et graves, lorsque le temps rend visite à l'épouse d'Ulysse. En télescopant les genres, cette pièce irrévérencieuse au rythme diabolique est une petite merveille d'inspiration.
LA DAME D'ITHAQUE
La Dame d'Ithaque :
Étrange spectacle ! Écrite par Isabelle Pirot et David Pharao, cette évocation de Pénélope en surprendra plus d'un. La représentation oscille entre premier et troisième degrés, sans que l'on sache toujours si c'est du lard ou du cochon. Cet humour, mi-intello, mi-potache, ne fera pas rire tout le monde. Mais les comédiens, surtout Marie Frémont, emportent finalement le morceau !
Jean-Luc Jeener
LA DAME D'ITHAQUE
Une excellente surprise :
De l’évocation de la vie de Pénélope, de son enfance au retour d’Ulysse, on pouvait craindre quelque chose de scolaire, didactique et vaguement ennuyeux, mais c’est à une excellente surprise qu’il nous est au contraire donné d’assister. Car si l’histoire est respectée, tout s’enchevêtre dans cette évocation : le burlesque et les envolées lyriques, les rimes et langage courant, l’évocation épique et l’humour au deuxième degré. Jusqu'à la bande son qui fait succéder des chants grégoriens aux Pink Floyd et Homère le narrateur qui n’hésite pas parfois à prendre un micro ! Et tout cela fonctionne excellemment bien. On est sous le charme, on rit, on sourit, on est ému. Porté par deux comédiens d’exceptions, un très beau moment de théâtre.
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COLERE NOIRE
Colère noire :
Le metteur en scène Gerold Schumann a réuni des textes de Brigitte Fontaine en un fil assez biographique. Il dirige une comédienne qui a une personnalité moins forte que la chanteuse, mais qui impose sa propre nature avec une belle énergie, Emmanuelle Monteil. Elle est accompagnée d'un musicien qui apporte beaucoup à al représentation, David Aubaile. Il instaure un dialogue, sans jamais paraphraser les paroles.
Armelle Héliot
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NORD-EST
Nord-Est :
Le spectacle d'Andreas Westphalen est très impressionnant. On est, en effet, dans un théâtre, celui de Moscou, spectateur-otage parmi les otages. Une mise en abyme des plus justifiée et qui prend tout son sens dans la salle du Théâtre du Lucernaire qui donne une impression d'enfermement.
C'est une histoire qui a marqué l'actualité en 2002. Des Tchétchènes armés jusqu'aux dents, hommes et femmes, qui s'emparent d'innocents spectateurs dans l'intention avouée d'un suicide collectif. Trois comédiennes pour tout jouer. Julie Dumas, Leïla Guérémy et Béatrice Michel sont incroyables de puissance et d'émotion.
La pièce de Torsten Buchteiner en dit plus sur la violence et l'absurdité du terrorisme que tous les discours lénifiants que l'on peut entendre. Les choses, ici, par le théâtre, sont comprises dans notre chair de spectateur et de citoyen. Impossible d'y échapper. C'est vraiment du grand art.
Jean-Luc Jeener
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OEDIPE
Oedipe :
Voltaire n'est pas Corneille et encore moins Racine, pourtant son Oedipe tient le choc. La mise en scène de Jean-Claude Seguin est sans doute un peu sage, mais on écoute la pièce avec plaisir. C'est le plus important.
Jean-Luc Jeener
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LE MISANTHROPE
Le Misanthrope :
Décor épuré, vêtements modernes, contexte contemporain, le début déroute mais rapidement ce classique revisité emporte l’adhésion. Deux personnages aux caractères forts s’affrontent et le texte de Molière transposé ainsi, sans retouche, gagne en force et en puissance. Si cette pièce met en lumière les deux principaux protagonistes, les personnages secondaires sont habillement travaillés. Tout en finesse, ils nuancent le registre intense dans lequel s’inscrivent les deux héros. Ce mélange subtil de dialogue à l’ancienne et de mise en scène contemporaine nous donne à voir un spectacle très réussi qui revisite habilement une pièce qui n’a pas pris une ride.
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FANTAISIE SUR CASSE-NOISETTE
Fantaisie sur Casse-Noisette :
Parmi les nombreux jouets reçus le soir de Noël, Fritz et Marie se disputent un pantin, Casse-Noisette. Fort laid, il se transforme cependant en prince et emmène la jeune fille dans un univers fantastique... En dix tableaux, extraits du ballet de Tchaïkovski, cette fantaisie mimée, dansée et chantée présente une esquisse un peu pâle de cette célèbre féerie musicale. Pas d'émerveillement, mais la chorégraphie, le chant, la pantomime et le jeu peuvent donner un avant-goût de cette forme de spectacle et susciter quelques envies d'aller à l'opéra.
Françoise Sabatier-Morel
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FX
F-X :
Dans le secret de sa chambre, F-X s'exhibe sur le Net. Une entreprise moins pornographique qu'artistique. Il s'agit de produire des clichés photographiques qui exaltent le grain de la peau et la beauté du corps. Son monologue est une confession, un solo intense et émouvant qui dit sa rage et sa tentative de rassembler les morceaux de son identité blessée dans l'enfance. Jérôme Pradon, nu au début, sans cesse en mouvement sur un vaste lit aux draps froissés, est d'une générosité totale. Il donne corps à ce texte vibrant et finalement très pudique de Michael Stampe et nous emmène au cœur de son personnage.
Sylviane Bernard-Gresh
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PREMIER COMBAT
Premier Combat :
Un épisode peu connu de la vue de Jean moulin. En 1940, alors qu'il est préfet à Chartres et que les allemands envahissent la ville, il est soumis brutalement à un odieux chantage. Ainsi se forgent les destins... Une mise en scène qui aurait mérité peut-être plus de simplicité mais qui éclaire très bien le récit.
Jean-Luc Jeener
PREMIER COMBAT
Premier Combat :
Sur la scène, derrière un grillage, un homme agonise à côté d'un tirailleur sénégalais. C'est Jean Moulin. Il vient de se trancher la gorge après avoir refusé de signer un protocole exigé par les nazis accusant les Sénégalais de l'armée française d'avoir commis un carnage. Le monologue revient sur la situation à Chartres, en 1940, où Moulin est alors préfet : la débâcle, les bombardements, l'occupation allemande. On y voit son combat quotidien pour le ravitaillement, le maintien des conditions sanitaires, contre les défaitistes. Un document terrible et très concret sur cette époque qui révèle aussi la naissance d'un grand résistant, qui échappe cette fois à la mort. Valéry Forestier, un peu monocorde au début, prend peu à peu de l'épaisseur, son jeu se chargeant de toute la violence de la guerre. C'est une excellente idée d'avoir exhumé ce document inédit, écrit par Jean Moulin en 1941.
Sylviane Bernard-Gresh
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L'IMPORTANCE D'ETRE WILDE
L'importance d'être wilde :
Philippe Person, avec son comparse en écriture Philippe Honoré, aime rendre hommage à un auteur ou à une œuvre en les célébrant dans une mise en théâtre où il mêle distance amusée et esprit de culture. C'est presque toujours bien fait, parce que notre homme aime le théâtre et qu'il le connaît. Même si on éprouve à chaque fois le sentiment qu'il manque un peu d'ambition personnelle et que son talent mériterait des projets un peu plus excitants. Il s'attaque cette fois à Oscar Wilde. Un Oscar que l'on redécouvre aujourd'hui davantage par l'horrible condamnation qu'il a dû subir pour homosexualité, que par son œuvre pourtant magnifique. Comme d'habitude donc, aidé par les trois habiles et talentueux comédiens de sa troupe - à savoir Anne Priol à la présence décidément toujours aussi délicieuse, Emmanuel Barrouyer et Pascal Thoreau toujours, eux, aussi malicieux -, notre Person donne à rire et à se cultiver. Wilde mérite-t-il mieux que cela ? Sans aucun doute, on l'aura compris. Mais on se régale des aphorismes et autres mots d'esprit du maître. Et le spectacle est bien plaisant. Ce n'est pas rien.
Jean-Luc Jeener
L'IMPORTANCE D'ETRE WILDE
L'Importance d'être Wilde :
Rien de chronologique ni de méthodique dans cette reconstitution de la vie d'Oscar Wilde, mais plutôt des fragments kaléidoscopiques. Des aphorismes jubilatoires alternent avec des extraits de son œuvre, de sa correspondance et de son procès pour “outrage aux bonnes mœurs”. La mise en scène de Philippe Person, ludique et cocasse, multiplie les clins d'œil et les décalages. C'est brillant, à l'image de la personnalité du poète dandy, qui a vu basculer sa vie à cause d'une liaison homosexuelle. Il faut attendre la dernière partie du spectacle pour découvrir cette dimension tragique qui donne de la profondeur à son œuvre. Emmanuel Barrouyer et Pascal Thoreau, à l'humour très british, et Anne Priol, aux faux airs de Sarah Bernhardt, permettent aux spectateurs de s'immerger avec plaisir dans cette vie lumineuse, frivole et pathétique.
Sylviane Bernard-Gresh
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L'APPRENTIE SAGE-FEMME
L'apprentie sage-femme :
Une table, deux tréteaux, trois pommes, et grâce à la puissance évocatrice de l’interprète, le spectateur est rapidement immergé dans l’Angleterre médiévale telle que la perçoit une enfant de 12 ans. C’est la magie du théâtre.
Et c’est une belle histoire, que celle de cette jeune orpheline, qui deviendra sage femme. D’autant que Nathalie Bécue sait éviter le piège du pathos et nous donne ici à entendre un conte à la fois émouvant, drôle et riche d’enseignements.
On s’attache rapidement à la jeune héroïne, et les spectateurs de tous âges suivent alors captivés sa lente transformation en une femme sage.
L'APPRENTIE SAGE-FEMME
L'Apprentie sage-femme :
L'adaptation du récit de Karen Cushman par Félix Prader a du corps et de la vigueur. Elle rend compte du chemin initiatique d'une petite fille misérable, sans nom, née au Moyen Age sur du fumier, dans la campagne anglaise. La petite fille parviendra, à force de désir de vivre et de courage, à se faire un nom et à apprendre un métier. Nathalie Bécue, conteuse puissante, glisse avec une grande mobilité d'un personnage à un autre, les dessinant tous avec couleur et réalisme. Elle fait entendre les choses essentielles de la vie avec une rudesse tendre. Dans son habit de paysanne, une cruche et quelques pommes sur une table, elle fait penser à un tableau de Vermeer. Captivant. L’occasion de méditer sur la misère aujourd’hui et les possibilités de se réaliser quand “on ne possède rien d’autre que son chagrin”...
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MYSTERE PESSOA, MORT D'UN HETERONYME
Mystère Pessoa, mort d'un hétéronyme :
Dans une vision à la fois originale et paradoxale par son humour, Stanislas Grassian nous plonge dans le chaudron de la création poétique. Toute une nuit, Fernando Pessoa rêve la mort d'Alberto Cairo, le jeune homme païen, un des 72 "hétéronymes" que le poète créa dans sa solitude, comme autant d'alter ego et de figures inspiratrices. Avec Ricardo Reis, l'épicurien, et Alvaro de Campos, l'ingénieur matérialiste, ils l'assiègent comme trois trolls facétieux dans une sarabande cauchemardesque. Pessoa, le vrai (?), interprété par Stanislas Grassian, a les allures d'un Charlot qui se prendrait au sérieux, torturé par des pensées contradictoires. Ophélia, la maîtresse abandonnée, le hante dans des apparitions dansées érotiques ou désespérées. Tout le spectacle ressemble à une pantomime burlesque à la mécanique bien réglée (comédiens très précis), émaillée de “saudade”. Un régal.
MYSTERE PESSOA, MORT D'UN HETERONYME
Mystère Pessoa, mort d'un hétéronyme :
Stanislas Grassian signe une mise en scène très astucieuse et les acteurs sont bons. Malheureusement, on se perd un peu dans le nom des personnages.
Nathalie Simon
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AUTOMNE ET HIVER
Automne et Hiver :
Dîner familial dominical bien arrosé : Ann, la fille cadette, mère célibataire, serveuse dans un bar gay, oblige sa mère, la soixantaine, réfugiée dans ses regrets, son père, médecin, réfugié dans le silence, et sa sœur Ewa, réfugiée dans les apparences du bonheur conjugal, à se mettre à table et à tomber le masque. L’écriture de Lars Norén, féroce et incisive, fait entendre les fissures névrotiques dans une famille somme toute banale. Dès l’apéritif, la conversation dérape, la parole se déverse, la souffrance et la révolte aussi. Agnès Renaud, avec un sens musical aiguisé, monte la pièce comme une partition. Sa mise en scène, subtile et précise, est portée par un quatuor de très bons comédiens : Patrick Larzille, Christine Combe, Virginie Deville et Sophie Torresi.
Sylviane Bernard-Gresh
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LE CHANT DU CYGNE
Le Chant du cygne :
Un vieil acteur s'endort sur une scène de théâtre, son souffleur est là, qui veille. Dans les brouillards d'un réveil alcoolisé, à la simple lumière d'une servante (accessoire de théâtre), apparaissent les fantômes des personnages qu'il a joués, venus essentiellement de Tchekhov. On voit alors des scènes d'amour et de ruptures extraites du théâtre de l'auteur russe. De la farce comme “L'Ours” ou “Les Méfaits du tabac”, ou du tragique comme “Ivanov”, “La Mouette” ou “Platonov”. Le procédé qui consiste à construire un spectacle à partir d'extraits n'est pas nouveau : il fait un peu exercice d'école. La mise en scène est surchargée et assez confuse. Les comédien(ne)s sont inégaux mais on remarque la justesse et la sensibilité de Marie Frémont, Sarah Gabrielle et Anthony Audoux.
Sylviane Bernard-Gresh
LE CHANT DU CYGNE
Le Chant du cygne :
Sarah Gabrielle est ambitieuse, tant mieux. Elle adapte et met en scène la pièce en un acte de Tchekhov : un acteur sur le déclin revit ses grands rôles dans un théâtre vide en présence du souffleur. Entendu. Serge Noël joue très bien. Le problème est que Sarah Gabrielle, aussi actrice, a voulu trop en dire. Outre d'autres œuvres de Tchekhov (L'Ours, Ivanov…), elle ajoute des citations empruntées entre autres à Aragon et les met en scène de façon un peu brouillonne. Elle a oublié que l'auteur russe se suffit à lui-même et aurait dû resserrer son spectacle pour le rendre plus harmonieux et percutant.
Nathalie Simon
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ROMEO ET JULIETTE
Roméo et Juliette :
Une belle équipe de jeunes comédiens, pleine de fougue et d'amour de la scène, qui s'attaque à Roméo et Juliette, on pouvait espérer le meilleur... Manque malheureusement l'essentiel : croire en l'amour de Roméo et Juliette. Dommage : l'énergie dépensée et l'astuce de la mise en scène de suffisent pas.
Jean-Luc Jeener
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SOURIRES
Sourires :
Un jardin, un fil à linge, des panières et un homme qui cherche à redonner le sourire à un petit garçon, marionnette sortie de sa poche. Pourquoi ce mutisme, cette tristesse ? Questions, jeux, pitreries et remèdes, rien n'y fait, jusqu'au moment où… Un théâtre d'objets avec un dispositif scénique original (accessoires et décor fait de chaussettes, de tee-shirts, de pantalons accrochés au fil), une bande-son soignée et une intention sympathique : comprendre ce qui se cache derrière la perte du sourire, considérer la souffrance d'un enfant. Le propos est sérieux, la mise en scène joue la légèreté avec quelques touches d'humour, mais le comédien a du mal à trouver un rythme et se perd dans cet acharnement à faire renaître le sourire.
Françoise Sabatier-Morel
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MARIE TUDOR
Marie Tudor :
La reine l'aime son favori italien… Dans la folie et dans la démesure. Et qu'importe, au fond, la colère du peuple, la jalousie des notables et l'indignation du représentant du prince d'Espagne qui désire l'épouser. Oui mais voilà, le favori va la tromper et la reine outragée découvrir les affres de la passion amoureuse… Haine, vengeance et raison d'Etat se mêlent et s'entremêlent dans ce drame de Victor Hugo. Les sentiments s'exacerbent et paradoxalement, dans sa mise en scène, Pascal Faber a fait le choix de fuir tout lyrisme et toute emphase. La tension n'en est que plus palpable. Sa direction d'acteurs est d'une jolie précision. Ce qui se dit tout bas a parfois plus d'impact que ce qui est hurlé et pleuré à outrance. On retrouve le même désir d'épurement sur le plateau. La scénographie dépouillée de Doriane Boudeville fait son effet. Ici, quelques draps, de beaux costumes, et deux cages pour suggérer la Tour de Londres suffisent à donner vie au drame. Le travail des lumières de Sébastien Lanoue est lui aussi à applaudir. C'est de cette simplicité que le spectacle tire toute sa force et sa beauté. Côté jeu, on retrouve la même exigence de précision. Oscillant entre passion et folie, entre autorité et faiblesse, Florence Cabaret est une formidable Marie Tudor. Dans sa robe rouge passion ou rouge sang, on l'exècre autant qu'on la plaint… Au bout de son tunnel, bien sûr, la reine sanglante pleurera à son tour sur l'échafaud... A ses côtés, dans le rôle du bailli, Sacha Petronijevic ne manque ni de charisme ni de noirceur. Plus largement, c'est la distribution dans son intégralité qu'il faut applaudir avec en tête Pierre Azéma dans le rôle du pauvre Gilbert et Frédéric Jeannot dans celui du favori Fabiani... Tous sont à la hauteur pour nous faire traverser avec élégance et talent le labyrinthe secret des intrigues et des passions dessiné par Victor Hugo. Et si le spectacle semble filer si vite, c'est parce qu'il est très réussi. On ne saurait donc trop vous conseiller d'aller l'applaudir.
Dimitri Denorme
MARIE TUDOR
Marie Tudor :
Pascal Faber resserre le drame de Victor Hugo autour du personnage de Fabiano Fabiani, l'Italien, amant de Jane, la fille du peuple, et de Marie, la reine. On assiste essentiellement au drame amoureux, même si la mise en scène, dépouillée et très sombre, laisse entrevoir les problèmes politiques qui sous-tendent l'intrigue. La longue pièce est donc transformée en ténébreuse affaire, un drame policier, une chasse à l'homme, se déroulant entre Westminster et la tour de Londres. Les comédiens, intenses et justes, font de cette représentation du premier drame de Victor Hugo, écrit en 1833, un moment captivant.
Sylviane Bernard-Gresh
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OLGA MA VACHE
Olga ma vache :
Une histoire d'amour entre un homme et une vache, ce n'est pas courant ! Que Dubillard nous en fasse le récit amusé est une chose, en faire un spectacle est peut-être un peu inutile. En tout cas, comme cela. Peut-être qu'une simple lecture... D'autant que Patrick Coulais est un bon comédien.
Jean-Luc Jeener
OLGA MA VACHE
Olga ma vache :
Coup de foudre pour un ruminant aux yeux doux ! Roland Dubillard écrit une ode à Olga, la jolie vache, mais aussi à la femme et au couple. Dans cette nouvelle (1974), réalité, rêve et métaphore composent une farce métaphysique et poétique délicieuse. Elle raconte les désirs d'union de l'écrivain et de son amour, de l'écrivain et de son modèle, et les affres de la passion. Drôle, absurde et décalée, elle est toutefois plus grave qu'il n'y paraît et se marie avec bonheur à la musique d'Erik Satie, jouée au violon par Jean Leber. Patrick Coulais s'attache à la musicalité et au rythme du texte qu'il porte avec beaucoup de subtilité. Un mariage en tous points réussi !
Sylviane Bernard-Gresh
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PIEDS NUS TRAVERSER MON COEUR
Pieds-nus traverser mon coeur :
"Vivre est un tel travail, pourquoi nous en demande-t-on un autre ?" s’interroge Michèle Guigon. Comme dans son précédent solo "La vie va où ?", la généreuse comédienne, à l’humour à la fois ravageur et subtil, se pose encore et toujours des questions. Sur le temps qui passe, notamment : "Comment trouver de l’intérêt à l’idée qu’en devenant vieux on met de plus en plus de temps pour aller de moins en moins loin ?"... D’interrogations en affirmations, Michèle Guigon conclut : "J’ai appris que si la tête est le lieu pour poser les questions, l’endroit pour recevoir les réponses, c’est le cœur." Et de cœur, elle n’en manque, à l’évidence, pas.
Michèle Bourcet
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LES BONNES
Les Bonnes :
La pièce de Genet brouille les pistes. Elle commence comme un polar : deux sœurs, les bonnes de Madame, ont fait arrêter Monsieur pour vol. La police le libère. Par peur d'être démasquées, les sœurs s'apprêtent à empoisonner leur maîtresse. Résumé très réducteur car la pièce, labyrinthique, est surtout imprégnée des thèmes chers à l'écrivain : travestissements, rituels, exacerbation de la théâtralité et révolte contre l'humiliation sociale. La lecture claire qu'en donnent Armel Veilhan et Serge Gaborieau fait la part belle au jeu et au théâtre comme manière d'exister et de retrouver sa dignité. Une esthétique japonisante transforme le polar en cérémonie qui vire au drame. Marie Fortuit et Violaine Phavorin, les deux sœurs, sont mutines, pétillantes. Odile Mallet, en Madame, est parfaite.
Sylviane Bernard-Gresh
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LES BONNES
Entre réalité et fiction :
Une excellente production tant par la qualité du texte que par celle des actrices. Une pièce dans une ambiance intimiste qui mérite d'être vue et applaudie.
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MOLIERE SUR LE DIVAN
Molière sur le divan :
Les mots de Freud sur les maux des personnages de Molière. L'idée est rigolote : Alceste le mélancolique, Célimène la narcissique et, évidemment, le "malade imaginaire", ou l'invention par Molière du psychosomatique. Michelle Brûlé, qui conçoit l'adaptation et la mise en scène, invente une pièce à six personnages : le vieux père, chef de la horde sauvage, la belle-mère, la sœur, la fille et le fils, chassé hors du clan, dévoilent leurs frustrations et leurs désirs sexuels à travers névroses et maniaqueries diverses. Seule la servante, toujours pleine de santé chez Molière, commente, avec esprit et moult références freudiennes, tous ces comportements bizarres. Le théâtre de Molière transformé en hôpital psychiatrique… C'est astucieux, parfois drôle, souvent confus. Et insupportable quand la meute des médecins déguisés en volatiles masqués criaillent en virevoltant.
Sylviane Bernard-Gresh
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HUIS CLOS
Huis Clos :
"L'enfer des autres" donné dans la petite salle du Paradis au Lucernaire ! La pièce de Jean-Paul Sartre, souvent centrée sur son aspect philosophique, est donnée ici dans une petite salle noire comme une boîte, où les spectateurs sont inclus dans le décor. Trois canapés : chacun le sien, pour Inès, Estelle et Garcin. La scénographie de Rudy Sabounghi est simple, belle et astucieuse. La mise en scène de Vladimir Steyaert dégraisse la pièce de toute abstraction. Elle fait entendre les relations de désir et de manque entre les êtres, la nécessité pour chacun de se voir dans les yeux d'autrui. Les comédiens venant de pays différents accentuent l'universalité de la pièce. Ce soir-là, il y avait Roger Atikpo (Togo), Ursa Raukar (Croatie) – très impressionnante Inès – et Adela Minae (Roumanie). Rarement Sartre n'a paru si humain, si charnel et vivant.
Sylviane Bernard-Gresh
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LOVE LETTERS
L'amour en toutes LETTRES :
"Love Letters", la tendre et drôle histoire épistolaire d'A. R. Gurney, est portée avec maestria par Isa Mercure et Gilles Guillot.
Deux bureaux en bois d'antan, côte à côte. Dessus, des lettres, deux verres d'eau, dont l'un avec une paille. Celui d'Alexa. Sur l'autre, une paire de lunettes qui appartient à Thomas. Une mélodie : "Only you..." Isa Mercure, en veste orange assortie à sa chevelure, et Gilles Guillot, en costume sombre à rayures, interprètent Love Letters d'A. R. Gurney. La traduction est signée de deux amoureux des mots, Anne Tognetti et notre défunt confrère, ancien du Figaro, Claude Baignères. Alexa et Thomas ont 8 ans quand ils se rencontrent sur les bancs de l'école. Le courant passe tout de suite entre la petite rebelle et le garçon sage. Ils correspondront leur vie entière, échangent avec humour et tendresse des nouvelles de leur quotidien. "Tu veux être ma Valentine ?", lui demande-t-il. Alexa préfère danser la rumba avec un autre garçon, beaucoup plus "bath" que Tom. Il lui récite la dernière strophe du Paradis perdu : "Ça ne m'a pas donné trop de mal, c'est toi et moi." Elle est jalouse quand il sort avec une autre fille. L'amour est là, mais ils ne le voient pas ou font semblant de l'ignorer. Le temps passe, pas les sentiments. Prodigieux et sensibles, Isa Mercure et Gilles Guillot suivent à la lettre les recommandations de l'auteur : ils lisent les missives sans jamais se regarder, les yeux fixés sur le public et leurs souvenirs. Un parti pris qui ne bride pas la progression dramatique. Bien au contraire, le dénouement de Love Letters surprend à chaque fois. On vit au rythme des mots, des espoirs et des désillusions des deux amoureux. Voici du théâtre comme on l'aime. Fin, drôle et émouvant.
Nathalie Simon
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LOVE LETTERS
Fabuleuse pièce ! :
J'ai vraiment beaucoup aimé, les deux acteurs sont incroyables, j'ai une petite préférence pour Alexa, personnage très touchant, pleine d'humour... une très belle histoire, je conseille vivement !
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RETOUR A ITHAQUE
Retour à Ithaque :
Ulysse revient enfin à Ithaque après la guerre de Troie et sa longue odyssée. Il lui tarde de retrouver son pouvoir et Pénélope. Laurence Campet et René Loyon adaptent les chants XIII à XXIII de "L'Odyssée" d'Homère. Le récit commence au moment où il entre dans son palais, déguisé en mendiant, pour vaincre les "prétendants" qui veulent occuper sa place. Le texte circule comme un furet entre différents personnages incarnés par deux comédiens et une comédienne : on retrouve Ulysse, Pénélope et leur fils Télémaque, mais aussi Athéna, Antinoos, le chef des prétendants, Eumée, le berger... C'est joliment fait, simple, posé comme un conte pour enfants. Un peu trop distant et austère néanmoins pour qu'on se passionne vraiment.
Sylviane Bernard-Gresh
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AUTOUR DE LA FOLIE
Autour de la folie :
Arnaud Denis, un des jeunes artistes les plus prometteurs de sa génération, se lance seul en scène, dans un voyage à travers la folie. Il s’est inspiré de la phrase du poète scientifique américain Oliver Wendell Holmes : "La folie est souvent la logique d’un esprit juste que l’on opprime". Arnaud Denis a puisé le contenu de son spectacle chez des grands "malades", des anxieux devant la complexité de la vie, mais surtout des créateurs, comme Maupassant, Flaubert, Lautréamont, Michaux, Karl Valentin, mais également Shakespeare, Francis Blanche. Il nous promène à travers la complexité du cerveau humain qui peut mener à la paranoïa, la schizophrénie, le délire de persécution, la perte de la réalité… Il y a des cris de rage et de douleur souvent sublimes, mais aussi des envolées lyriques génialement absurdes. Le texte de "l’aquarium" de Valentin est à hurler de rire. La scénographie extrêmement soignée d’Arnaud Denis nous plonge au cœur même de la maladie. Pour seul décor, deux chaises qui à chaque noir réapparaissent en réduction, des chaînes et surtout les lumières de Laurent Béal. Semblant surgir du film "Vol au-dessus d’un nid de coucou", le comédien apparaît vêtu de blanc, efflanqué et le crâne rasé… Jamais il ne force le trait, jouant de la diversité qu’offre la palette des sentiments d’un être tourmenté. Et si, telle la chanson de Francis Blanche, cela ne tourne pas rond dans la p’tite tête de ces artistes, c’est que comme le disait Balzac : "le fou et l’écrivain sont des hommes qui voient un abîme et y tombent". Un spectacle de toute beauté que l’on aime à la folie !
Marie-Céline Nivière
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SALIERI, LE MAL-AIME DE DIEU
Salieri, le mal aimé de Dieu :
On connaît Salieri (1750-1825), compositeur officiel de la cour de Joseph II et grand rival "perdant" de Mozart, à travers quelques chefs-d’œuvre comme "Mozart et Salieri", le texte de Pouchkine, et "Amadeus", le film de Milos Forman. Jean Hache porte sur le plateau le destin de ce vieil homme lubrique et obsessionnel, jaloux jusqu’à la maladie. Alors qu'il est confiné dans un asile, il ressasse ses rancœurs, sa jalousie et ses compromissions avec le pouvoir. Le monologue est assez plat et répétitif. De beaux éclairages (Roland Hergault), des drapés blancs, de vieilles portes suggérant l’enfermement donnent de l’élégance et de la chaleur à la mise en scène. La musique est très présente : celle de Mozart surtout mais aussi quelques morceaux de Salieri. C’est le charme du spectacle. La pièce est très monocorde et sans rythme, Jean Hache n’ayant pas encore trouvé, le jour de la première, la manière de faire percevoir la complexité du personnage.
Sylviane Bernard-Gresh
SALIERI, LE MAL-AIME DE DIEU
Salieri, le mal-aimé de Dieu :
Pieds nus, chemise blanche, se déplaçant à l'aide d'une canne, un homme rumine son passé dans un asile. Il s'agit d'Antonio Salieri (1750-1825), qui fut le compositeur officiel de la cour de Joseph II, à Vienne. À la fin de ses jours, il reproche à Dieu de l'avoir préféré à Mozart. Jean Hache s'est inspiré de la nouvelle de Pouchkine, Mozart et Salieri (1830), pour concevoir un spectacle autour du musicien italien brillant, mais malade de jalousie. Salieri a été accusé d'avoir empoisonné Mozart, mais Jean Hache choisit de le réhabiliter. Avec beaucoup de tact. Le comédien, qui cosigne la mise en scène avec Roland Hergault, se fond avec tant bonheur dans le rôle de Salieri qu'il réussit à le rendre proche du public. Deux paravents, une bassine, un banc de bois et des œuvres de Salieri et Mozart suffisent pour créer une ambiance intimiste et conter un "combat de notes" entre les deux maestros. Le génial auteur de La Flûte enchantée est symbolisé par une minuscule chaise suspendue au plafond. Sa voix se fait entendre grâce à Emmanuel Ray. Jean Hache rend un double hommage, à Salieri et à son rival qui "dialogue avec les anges".
Nathalie Simon
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DISCOURS SUR LE BONHEUR
Discours sur le Bonheur :
Toute la délicatesse d'Edith Vernes pour porter ce texte passionnant et difficile de la touchante et si intelligente Emilie du Châtelet, délaissée par Voltaire.
Armelle Héliot
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AU BONHEUR DES HOMMES
Au Bonheur des Hommes :
Comme cela fait du bien de démarrer la rentrée par de grands éclats de rire salutaires ! Le monde grince de partout... Il a mal à l'être, mal à la terre, mal à la tête... Chaque jour, aux informations, ces maux dits nous révoltent, nous bouleversent, nous bousculent ! L'homme, ce maudit bandit, à la fois bourreau et victime, n'a qu'un mot à dire : "Rions avant d'en pleurer !" Alors, merci à l'équipe de ce spectacle qui souffle avec bonheur dans les bronches de la connerie humaine. Ce spectacle renoue avec le style de la grande époque des cabarets, ceux d'avant la Première Guerre mondiale, ceux de l'entre-deux-guerres, ceux de l'après Seconde Guerre mondiale, ceux de Saint-Germain, ceux qui ont disparu le jour où la télé a pris trop de place... Après 68, l'homme de la rue a appris à ne plus chanter et à se taire… Mais cela ne va pas durer, si on en croit le bonheur des spectateurs dans la salle... Dans une scénographie extrêmement bien déjantée et inventive de Philippe Quillet, trois comédiens-chanteurs et trois musiciennes nous entraînent dans le tourbillon de la vie et les travers de la société... OGM, ONG, la malbouffe, l'eau, la pollution, la religion, la politique, l'actualité, l'identité nationale, la pensée unique, la langue de bois, le formatage, l'abrutissement... Il tourne vite ce manège de chansons, de sketches, de jeux de mots, d'humanité. Les textes sont percutants, perspicaces, jamais péremptoires... Mêmes les nombreuses improvisations, dues à la richesse de l'actualité du jour, ont la saveur des choses bien écrites. C'est dire la pertinence de ces artistes. Le trio formé par Véronique Ataly, Jean-Marie Lecoq et Christian Gaïtch, est impayable de drôlerie. Leur performance est remarquable. Les musiciennes du groupe Djazz'Elles, Clarisse Catarino (auteur de musique), Eva Slongo et Anne Gouraud-Shrestha, rivalisant de grâce et de charme, nous ont emballés avec leurs notes de musique au goût du monde entier !
Marie-Céline Nivière
AU BONHEUR DES HOMMES
Au Bonheur des Hommes :
La force de frappe par le rire, comment y croire lorsque nous avons la sensation d’être mitraillés, via les médias, par la misère du monde, quand notre peau de chagrin explose à force d’être tendue, que c’est trop, c’est trop, et que nos bouches cousues, rafistolées, n’osent plus désigner que des pancartes. Le malheur ou l’enfer, c’est le diable, alors imaginez un diablotin en la personne de Jean-Marie Lecoq, qui fourre dans un chapeau, comme dans l’imagerie d’Epinal, quelques extraits de chair humaine qu’il malaxe le mieux qu’il peut, de façon à créer l’effervescence adéquate à la ronde effrénée de son cabaret diaboliquement humain. Pour leur donner un peu de piment à ces créatures, il les engraisse de phrases, des vertes et des pas mûres qui n’attendent que d’être cueillies et parfois ne veulent plus rien dire, pinces sans rire. Ouf ! Même le diable n’en peut plus, même le diable se demande à quels saints, il doit se vouer. Eh oui,depuis que le mal et le bien coexistent, ils se chamaillent et la sirène de Noé "Après moi le déluge" fait de la corde à nœuds. Et voici, ces créatures qui se permettent de rire en couleurs, en arc en ciel, oh le joli trio du groupe "Djazz’Elles", pour nous faire crier "C’est le diable qui bat sa femme". En l’occurrence, c’est le cœur de notre belle humanité qu’on entend. Et vous n’avez jamais entendu ça, un cœur rire.
Soyons compatissants que diable, vis-à-vis de nous-mêmes. Si nous sommes sots, ce n’est certainement pas pour l’éternité. Certes, ça commence à bien faire, c’est devenu dangereux de vivre oui, ça dépasse les bornes... Circulez, il n’y a rien à voir ! Taisez vous ! A moins que vous ayez décidé d’offrir à votre gardien de prison, une petite pastille euphorisante, un petit clair de lune au lieu de vos papiers. Mais regardez nous, bon sang ! C’est pas écrit "misère sur notre front" Et Véronique Ataly, Christian Gaïtch, Jean-Marie Lecoq nous le prouvent, en dansant, en chantant, en jactant, en semant à l’envi, quelques chansons qui bousculent nos vieilles comptines et serinent : "Tra la la …Nous n’allons pas refaire le monde, mais sait-on jamais, car nous secrétons le rire, la dérision, la subversion, la révolte, et comme vous ne saurez pas par quel bout nous prendre, à travers notre bonheur de vivre, le mot chimère, vous allumera trente six chandelles". A l’encre très sympathique, oui une encre enluminée, l’équipe du "Bonheur des hommes" grimpe aux arbres de notre résignation, apôtre d’une nouvelle alphabétisation de nos mœurs par le recyclage de nos bêtises quotidiennes, en y versant ces épices ancestrales, du rire, la danse, la musique et l’humour, prodigieusement humaines.
Un spectacle ravigotant, d’une fraicheur exquise qui fera verser des larmes à nos crocodiles politiquement corrects !
Evelyne Trân
AU BONHEUR DES HOMMES
Au bonheur des hommes :
Dénoncer le politiquement correct, les OGM, l’identité nationale, la malbouffe, entre autres, le propos des auteurs de ce "cabaret satirique et musical" semble, a priori, louable. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. La preuve. On assiste, en effet, à une suite de tableaux d’une rare ringardise où l’humour potache le dispute aux gags navrants. Ce "Bonheur des hommes" n’a définitivement pas fait le nôtre.
Michèle Bourcet
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AU BONHEUR DES HOMMES
Un bain de fraicheur et de rire intélligent :
Quand trois nouveaux maîtres du monde se retrouvent avec trois pauvresses du tiers monde, cela pouvait donner un spectacle militant et à messages. Pas obligatoirement fin et même lourd.
Mais voilà, tous ces petits et gros travers de notre humanité se retrouvent passés sous la plume ciselée de Jean-Marie Lecoq et animés par une remarquable musique de Clarisse Catarino. C'est donc un rythmé, même endiablé et on retrouve avec plaisir la tradition du VRAI cabaret.
C'est un rire à détentes multiples, allant du rire immédiat au rire qui fait réfléchir. Car chaque spectateur peut s'identifier à l'un des six personnages. Il faut surtout souligner l'osmose de la troupe, les comédiens-chanteurs ne font qu'un avec les trois musiciennes actrices.
Performance stupéfiante des comédiens dans des parties vocales très travaillées, une scénographie minimaliste mais très efficace et un son d'ensemble remarquable offert en direct par les Djazz'Elles.
Outre Jean-Marie Lecoq déjà bien connu et toujours aussi inspiré, performance éblouissante de Véronique Ataly et de Christian Gaitch (quel improvisateur !). Les musiciennes-actrices-chanteuses sont aussi d'une grande finesse Anne Gouraud y développe encore ses talents de comédienne, avec ses acolytes Clarisse Catarino et Éva Slongo qui ne sont pas en reste.. Et des chœurs très travaillés et qui sonnent juste.
Bref, une redécouverte d'un genre un peu oublié, un rire à tous les étages, mais un rire intelligent. Ici, rien n'est imposé et tout est suggéré. Vous prenez ce que vous voulez, le message - s'il existe - n'est pas imposé.
Et le tout sur une musique métissée et qui vous trotte dans la tête toute la journée. A voir sans faute ! Une fois de plus, Télérama a loupé le coche on va dire - malheureusement une fois de plus-, mais l'essentiel se trouve dans le plaisir pris par le public.
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L'ILE DES ESCLAVES (Th. Lucernaire)
L'Ile des esclaves :
Sur une île après un naufrage : d'un côté Iphicrate et son valet, Arlequin, de l'autre Euphrosine et sa domestique, Cléanthis. Marivaux imagine une utopie : les maîtres prennent pour un temps la place des serviteurs et vice-versa. La pièce (1725) est empreinte de bons sentiments : les nantis s'amendent grâce au grand cœur de leurs domestiques. Elle exprime néanmoins la révolte de Marivaux contre l'injustice et la maltraitance. L'écrivain croit aux pouvoirs de la morale et de l'éducation. La mise en scène de Christian Huitorel pâtit d'un jeu tantôt très conventionnel, tantôt appuyé comme dans une farce. Elle manque de rythme et de légèreté et en souligne de manière pesante l'aspect didactique.
Sylviane Bernard-Gresh
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L'ART D'ETRE GRAND-PERE
L'Art d'être grand-père :
Quel plaisir de redécouvrir cette œuvre de Victor Hugo ! On avait le souvenir du vieux poète posant en grand-père pour la postérité. Eh bien non ! Vraiment pas. C'est infiniment vivant. Il y a l'immense amour d'Hugo pour Jeanne et Georges, ses petits-enfants, son indulgence absolue à leur égard, son empathie pour des vies toutes nouvelles éprises de liberté, son goût du jeu. Comme si l'homme en son vieil âge rejoignait l'enfance. Il est aussi question d'amour pour le printemps de la nature, de sympathie pour les fragiles et les misérables. Finalement, tout l'univers du poète et son amour pour tout ce qui vit. La mise en scène de Vincent Colin est empreinte d'une grande délicatesse. Albert Delpy donne au personnage une humanité, une tendresse pleines de fraîcheur touchante. Héloïse Godet exprime la voix des enfants avec beaucoup de grâce. Ce spectacle très doux et lumineux incite à une belle méditation sur l'acceptation de la mort et de la chaîne des générations.
Sylviane Bernard-Gresh
L'ART D'ETRE GRAND-PERE
L'Art d'être grand-père :
L'occasion de découvrir Victor Hugo dans le rôle d'une grand-papa attachant face à ses deux petits-enfants. Magnifique interprétation d'Albert Delpy et Héloïse Godet.
Nathalie Simon
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IL EST PLUS FACILE D'AVOIR DU VENTRE QUE D'AVOIR DU COEUR
:
Cyril Casmèze a du talent ce qui devrait le réjouir. Mais il a aussi un problème avec son physique. Et c'est de cela dont il nous parle dans un spectacle qui ne ressemble à aucun autre. On pourra, selon, trouver cela formidable ou très agaçant.
Jean-Luc Jeener
IL EST PLUS FACILE D'AVOIR DU VENTRE QUE D'AVOIR DU COEUR
Il est plus facile d'avoir du ventre que du coeur... et vice versa :
Cyril Casmèze, jadis acrobate, s'est souvent resservi de sa spécialité, le zoomorphisme. Par exemple dans "Un grand singe à l'Académie" de Kafka en 2006. Il raconte ici avec humour sa difficulté à assumer son corps à la fois ventru et herculéen. La richesse de sa palette coupe le souffle.
Jacques Nerson
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MOI, CARAVAGE
Le Caravage :
Il est intéressant à plusieurs titres ce monologue où Le Caravage nous raconte sa vie.
En guenille, le visage sculpté, un léger accent italien, Cesare Capitani a le physique du personnage tel que l’on l’imagine : torturé, passionné, violent, intransigeant.
L’idée d’accompagner le comédien par une soprano qui intervient tantôt par des chants, tantôt en jouant le rôle de ses amants, donne de la densité à l’ensemble.
Les jeux de lumières, à l’aide de bougies, évoquent le clair-obscur des tableaux du Caravage tout en donnant une grande intimité au spectacle.
La qualité du silence qui accompagne la prestation, comme la chaleur des applaudissements, prouvent que les spectateurs vivent ici un moment d’une grande intensité.
MOI, CARAVAGE
Moi, Caravage :
Pas de nus féminins chez Caravage, mais que d'éphèbes crasseux à demi-dévêtus ! On comprend que l'érotisme de ses tableaux religieux ait scandalisé en son temps. L'acteur franco-italien Cesare Capitani tire du roman de Dominique Fernandez, "La course à l'abîme", un spectacle suffocant de beauté.
Jacques Nerson
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HITCH
Hitch :
On est en 1962, dans un bureau, à Hollywood. Un jeune Français y est accusé d'avoir tué un grand cinéaste : M. Alfred Hitchcock en personne. Et, en effet, comme notre jeune compatriote, nous découvrons le cadavre ensanglanté de celui qui en a fait son gagne-pain… Le jeune homme est interloqué : il était simplement venu interviewer son grand homme ou, plus exactement, s'entretenir avec lui sur leur passion commune - le cinéma - en vue d'écrire un livre. Et le jeune homme, François de son prénom, question cinéma, en connaît un bout ! Il vient lui-même de faire quelques films dont on parle sans déplaisir : un certain Jules et Jim entre autres. Cette pièce est un véritable bonheur pour le spectateur. Finement mise en scène, avec une direction d'acteurs très subtile, elle est jubilatoire pour tous ceux qui aiment le théâtre réaliste et la mystique du cinéma. Les trois comédiens, Patty Hannock en tête (qui joue la femme de Hitchcock), sont vraiment excellents. Encore une réussite du Théâtre du Lucernaire.
Jean-Luc Jeener
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DIEU QU'ILS ETAIENT LOURDS
Coup de coeur pour Dieu, qu'ils étaient lourds! :
Pourquoi ? Parce qu'un rendez-vous en quasi-tête-à-tête avec l'auteur le plus haï et le plus célébré de notre temps ne se refuse pas. Or, il est là, Céline, maigre et voûté dans la pénombre, et sa voix nasillarde s'infiltre en nous comme un acide.
Mais encore... Parce que la fusion du projet de Ludovic Longelin avec l'interprétation de Marc-Henri Lamande tient du miracle. C'est une reprise. Et une belle.
Laurence Liban
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DIS LEUR QUE LA VERITE EST BELLE
Dis leur que la vérité est belle :
Alger 1955 : tout le monde s'affaire autour du berceau d'Albert, le dernier-né de la famille Chouraki. Le père écoute Charlie Parker. Aimée, la mère, fait goûter ses délicieux "makrouds". On attend le rabbin pour la circoncision. Joie et insouciance de la tribu volubile. Sept ans après, c'est le départ contraint vers la métropole et l'arrivée à Créteil. Incompréhension et désarroi. 2005 : le jour de l'enterrement de sa mère, Albert parle enfin avec sa fille et reconstruit pour elle l'histoire de cette famille juive pied-noire. Une histoire de transmission où les thèmes de l'exil et de la quête d'identité sont traités avec tendresse et humour. La belle pièce écrite et mise en scène par Jacques Hadjaje est juste et touchante. Sans haine ni nostalgie. Les différents fils s'y entremêlent avec bonheur, la mise en scène a de la fluidité, la musique est inventive et les comédiens sont pleins d'une vitalité généreuse.
Sylviane Bernard-Gresh
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LA DOULEUR
La Douleur :
En avril 1945, Marguerite Duras tient son journal dans lequel elle décrit les jours d’angoisse à s’interroger sur le sort de son compagnon Robert Antelme, déporté à Dachau. Des pages que l’écrivain retrouvera des années plus tard et dont elle dira que c’est une des choses les plus importantes de sa vie. C’est ce « désordre phénoménal de la pensée et du sentiment », selon son expression, que l’incomparable Dominique Blanc fait entendre. Alors qu’elle reste à bonne distance de tout pathos par la sobriété de son interprétation et un ton qui rappelle celui de la voix intérieure du lecteur, l’intensité du regard, la nervosité et la tension du corps disent l’émotion, le désarroi, le doute, la peur mais aussi la rage de vaincre et de vivre. Le retour tant attendu est terrible et les jours qui suivent un cauchemar pour cet homme anéanti qu’elle va aider à reprendre vie. Un texte et un théâtre d’acteur bouleversants.
Corinne Denailles





























































